Seize the day

rosettes:

Pictures from The Virgin Suicides & Lost In Translation by Sofia Coppola

(Source: ataraxie-, via daddyfuckedme)

Je sais même pas par où commencer en fait. En même temps c’est la première fois que je fais ça, donc vous m’excuserez si ça part un peu dans tous les sens ou si je suis un peu trop confus. Faut dire qu’en ce moment j’ai bien du mal à mettre mes idées au clair quand même, j’ai bien du mal à trouver mes mots, enfin voilà j’vous dresse le tableau vite fait : Je suis né dans une famille plutôt aisée, j’ai toujours été privilégié. J’ai jamais manqué d’amour ni de rien d’autre d’ailleurs, et même si ma mère, qui vient d’un milieu assez populaire, était parfois un peu sévère avec mes frères et moi. A l’école j’étais bon élève, à la maison j’étais poli. J’me souviens pas avoir fait trop de conneries étant p’tit. Par contre, j’ai fait des études correctes, et aujourd’hui je sais que mon parcours est plus ou moins tracé. Disons que je sais où j’arriverais si je continue sur ma lancée. J’aurais probablement une femme et de beaux enfants, un crédit à payer, un épagneul anglais et un coupé-cabriolet. Et pourtant vous voyez, ça fait maintenant presque 6 mois que je dors à peine, que j’peux n’rien bouffer pendant deux jours sans même m’en apercevoir. Et quand j’me regarde dans le miroir j’y vois un mec bizarre, pâle, translucide, tellement livide, à faire sourire un génocide. Docteur j’rigole pas, faut que vous fassiez quelque chose pour moi. N’importe quoi, prenez un marteau et pétez-moi les doigts, je sais pas, parce que là je peux vraiment plus. J'peux plus sortir dans la rue, j'peux plus mettre les pieds dans des bureaux. De toute façon je suis devenu incapable de prendre le métro. Ça pue la mort, ça pue la pisse, ça me rend claustro et agressif. Et puis j'ai vraiment l'air d'un gland dans mon costard trop grand et mal taillé, Que même si je voulais faire semblant y'aurait toujours marqué en gros « troufion » sur mon front. Et puis tous ces gens qui cherchent absolument à s'entasser, qui poussent, qui suent, qui sifflent entre leurs dents comme des serpents.« Vas-y du con, monte, monte, t’as raison ». De toute façon t’auras beau être le premier arrivé, à la clef on va tous se taper la même journée scabreuse. Les yeux collés à l’écran de l’ordinateur, tu te détruis les pupilles à lire en diagonal des choses auxquelles t’entraves que dalle. «Nan mais tu comprends, il est hyper important ce dossier, le client il raque 300€ de l’heure, alors tu te débrouilles, tu vas chercher sur Google s’il faut mais tu me finis ça pronto ». «Ah oui, vous avez parfaitement raison, oui. C’est de ma faute, oui. Je suis pas assez réactif. Han c’est drôle, oui, collez-moi des gifles. Connard. Et si t’allais plutôt te carrer des poignées de portes dans le cul pour voir ?» J’en ai assez d’me taper à déjeuner des salades composées à 12€, ou de la barbaque en carton mouillé. De manger sur un coin de table, puis de passer des après-midis minables à enculer les mouches, et finir par embrayer sur des after-works entre collègues. Mais quel cafard. A croire qu’on aime tellement s’faire enfler la journée qu’on en redemande le soir. Mais bon, faut dire aussi qu’on y rencontre des meufs, ou plutôt des « célibattantes », c’est-à-dire des nanas qui comme nous ont des problèmes affectifs. On se présente, on leur raconte des cracks, on leur dit qu’on est collab’ alors qu’on est à la fac et qu’en vrai on passe notre temps à user nos culs sur des bancs trop étroits, à écouter des types chauves déblatérer, déblatérer, déblatérer toute la journée, déblatérer sur tout, et surtout sur n’importe quoi. Et heureusement, les journées se finissent toujours de la même façon : on rentre et on se fait beau pour la soirée, on met nos polos cols relevés, puis on se retrouve au q.g. pour picoler des demis à 5€. D’ailleurs, quand on a un peu de plomb dans l’aile, on a souvent envie de jouer aux rebelles et crier au tôlier : - « dit-donc tu t’prends pour qui enfoiré, tu trouves pas que ta bière elle est un peu chère ? ». On le ferait si on avait un peu de cran dans nos artères, mais on préfère se taire et continuer à gaspiller notre tune, à user notre salive pour pas grand chose, et à fumer comme des sapeurs, histoire de s’amocher à fond avant d’être vieux, d’agrandir les valoches qu’on a déjà sous les yeux. A part ça on parle surtout des filles qu’on a vu sur le net, et puis d’celles qu’on aimerait attraper en soirée, car ce soir, comme tous les soirs, on va essayer de niquer. Mais surtout pas de faire l’amour, parce que l’amour, c’est pour les pédés. Rien de bien choquant finalement. Des gars parlent des filles qui baisent, des filles qui baisent pour dire qu’elles baisent. La baise, on en garde toujours des regrets, parfois des maladies. Au fond on fait ça sans plaisir, sans réelle envie. C’est surtout pour ne plus penser. Ça cache des plaies à vif, mais ça c’est un secret. En vérité on est perdus, désoeœuvrés, désabusés, seuls comme des animaux blessés. On est tristes et nos coeœurs saignent, mais on se cache derrière nos grandes gueules et nos mots durs.  Entre nous on s’appelle mec, meuf, bâtard, baltringue, bitch, gouinasse, connard, parce que sans le vouloir, les autres sont un combat permanent. Décidément docteur, on vit une chouette époque, et dans une chouette ville aussi. Paris, Paris la nécropole, Paris qui sent la carne, Paris qui petit à petit entraîne dans sa chute des fragments de nos vies. Paris c’est tellement sain, et nous sommes des gens biens, tellement biens qu’on est trop bien pour nos voisins, auxquels on prête pas plus d’attention qu’à la pisse derrière la cuvette des chiottes. Parfois j’ai juste envie de hurler « t’approche pas de moi, t’approche pas de moi, me touche pas, me touche pas, t’approche pas de moi ! » Docteur, il me faut un truc, n’importe quoi, sinon je vais craquer, je risque de cogner une vieille, un passant, un mioche. et ce sera moche, ce sera vraiment moche.

Fauve- Sainte Anne

Through the storm we reach the shore, you give it all but I want more, and I’m waiting for you.

We rose up slowly… as if we didn’t belong to the outside world any longer… like swimmers in a shadowy dream… who didn’t need air to breathe…”—We Rose Up Slowly | Roy Lichtenstein

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